«

»

L’interprète médical, c’est qui ?!

Feel free to share 🙂

LOGO IMQuand j’ai commencé à m’intéresser à la médecine et que j’ai décidé de m’orienter vers cette spécialisation, je le voyais uniquement sous l’angle de l’interprétation de conférences. Je m’imaginais interpréter dans des congrès médicaux internationaux, entourée de spécialistes de la santé. Cependant mon regard a changé au fil des recherches et des découvertes, pour le mieux ! Ma plus importante source d’information vient des États-Unis où les interprètes médicaux sont appelés Medical Interpreters ou Healthcare Interpreters et ont un statut officiel. Ils travaillent dans des hôpitaux ou autres centres de santé et ne sont pas forcément familiarisés au domaine de l’interprétation de conférence ! En France, l’appellation est celle d’ « Interprète médical et social » mais il n’existe pas encore de diplôme officiel ou de reconnaissance de ce métier. De nombreuses associations travaillent ensembles pour la mise en place d’une formation nationale reconnue (cf. article sur l’Association Mana dans la rubrique Liens Utiles).

Pourquoi un interprète est important dans le domaine médical ? Le droit à la santé est un droit fondamental et l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dit :

« 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale. »

http://www.un.org/fr/documents/udhr/

 

La compréhension entre le médecin et le patient est indispensable pour permettre de fournir et recevoir les meilleurs soins. L’interprète médical intervient quand le médecin et le patient ne parlent pas la même langue afin de faciliter les échanges dans un cadre neutre. Malheureusement, les proches des malades ou mêmes leurs enfants sont encore trop souvent appelés pour servir d’intermédiaire avec tous les inconvénients que cela peut comporter : connaissance limitée ou nulle du domaine médical et de sa terminologie, mauvaise interprétation des symptômes, gêne voire angoisse du patient de s’exprimer ouvertement sur un sujet intime face à un proche, implication qui peut être lourde à porter pour des enfants, etc.

 

Qu’est-ce qui a attiré mon attention sur la distinction entre interprète médical et interprète de conférences ? Un interprète ! Antonio Rosado, interprète de conférences Espagnol/Anglais aux États-Unis, a décidé il y a quelques années de parler ou plutôt d’écrire sur la profession d’interprète. Il est parti d’un simple constat : il existe plusieurs blogs sur les traducteurs et le métier de la traduction, mais très peu sur l’interprétation ! Il a alors décidé de partager son expérience professionnelle à travers un blog bilingue :

http://rpstranslations.wordpress.com/

Dans ce blog, il nous parle de situations quotidiennes de la vie d’un interprète de liaison ou de conférences et propose ses opinions. Un article en particulier a attiré mon attention : Many medical interpreters are missing out on a prestigious and profitable field. Dans cet article, il explique que les interprètes médicaux perdent le marché des conférences qui pourrait leur être très profitable !  Lors d’un congrès médical international pour lequel il interprétait, il s’est aperçu qu’il n’y avait aucun interprète médical en cabine et en a été très surpris. Voici les explications qu’il nous propose :

  • Bien qu’il y ait des interprètes médicaux qui travaillent régulièrement lors de conférences, ils ne sont pas suffisamment nombreux ;
  • En comparaison avec les interprètes juridiques, les interprètes médicaux sont considérés moins qualifiés et peu professionnels (je vous rappelle qu’il s’agit du point de vue étatsunien). C’est une croyance que partagent beaucoup d’agences et mêmes des interprètes pour la simple et bonne raison que le métier n’a été reconnu et règlementé que récemment et qu’avant cela, les interprètes qui échouaient à l’examen de certification en droit, se rabattaient vers une spécialisation en médecine qui n’était pas régulée ! Ainsi l’interprète se formait à sa manière, sans reconnaissance de formation ou critère salarial spécifique. À ce jour, les interprètes médicaux aux États-Unis souffrent encore de ce préjugé et beaucoup restent mal payés.

Antonio Rosado suggère deux solutions pour remédier à la précarité liée au métier d’interprète médical aux États-Unis :

  • La première option et aussi la plus accessible serait de s’orienter vers le marché juridique, dans les cas de litiges d’ordre médical par exemple, leur expertise dans le domaine médical serait un atout ;
  • La deuxième option serait l’interprétation de conférence néanmoins c’est un objectif plus complexe. En effet, en plus des connaissances indispensables en sciences médicales, biologiques et pharmacologiques nécessaires, les interprètes doivent pouvoir travailler en simultané. « It demands agility of mind and speedy thinking while handling very complex concepts and precise terminology. »

La voie royale selon lui est l’interprétation de conférences parce qu’elle ouvre toutes les portes du marché de l’interprétation et surtout permet une reconnaissance très gratifiante du métier d’interprète médical.

L’article est très bien écrit et les commentaires de ses lecteurs sont opportuns, vous ne regretterez pas le coup d’œil :

http://rpstranslations.wordpress.com/2014/03/16/many-medical-interpreters-are-missing-out-on-a-prestigious-and-profitable-field/

Pour ma part, je suis ravie de la voie que j’ai choisie et des découvertes enrichissantes qu’elle apporte. Je commence à considérer l’interprétation dans le milieu hospitalier et j’aimerais pouvoir y faire un stage dès que mon niveau me le permettra. Aborder l’interprétation médicale c’est aussi parler d’immigration, de multiculturalité, de connaissance de l’autre et de tolérance. Quand on appelle un interprète lors d’une consultation, il est normalement de la même origine et possède la même langue maternelle que le patient. Dans mon cas, pour qui serai-je amenée à interpréter ? En tant que Sénégalaise d’origine Libanaise, avec le français pour langue maternelle. J’espère que les métisses culturels tels que moi vont partager leur expérience et leurs conseils !

(3 commentaires)

  1. Asaah

    Merci pour ta réponse. Pas faux; le développement de cette spécialisation ne pourrait qu’être bénéfique pour le continent.

  2. Asaah

    Alors, c’est ça un interprète médical!
    En tant que Sénégalaise, penses-tu que cette spécialisation a un avenir au Sénégal et en Afrique?
    Comme nous le savons, nous avons déjà du mal à fournir des soins hospitaliers (peu d’hopitaux, de médecins, d’infirmiers; et précarité des établissements) à nos populations pour diverses raisons.
    Alors bien que je comprenne parfaitement la mission de l’interprète médical (spécialisé), je questionne son niveau d’importance (dans le contexte africain).
    Pouvons-nous parler de métier/specialisation de faible importance/d’importance secondaire dans le secteur médical?
    Et bien sûr, je pense à l’Afrique en particulier, mais aussi aux autres régions « sous-développés » ou « en voies de développement ».

    1. L'interprète médical

      Asaah,
      Merci pour le commentaire et la question pertinente.
      Quand j’ai parlé de l’interprétation médicale pour la première fois à une amie infirmière à Dakar elle m’a posé la même question, est-ce que cela à un avenir ici? Est-ce que cela va marcher? Cependant, elle a aussi ajouté qu’à plusieurs reprises elle avait eu à répondre à des malades en anglais ou en arabe et qu’elle était déçue d’avoir perdu son niveau dans ces deux langues parce que cela lui aurait été utile !
      Je crois qu’au lieu de parler d’importance le terme adéquat serait la priorité. En effet, selon moi une communication transparente entre médecin et patient est très importante, en revanche je suis d’accord avec le fait que les frais engendrés par un interprète médical ne soient pas comptés dans les priorités du corps médical.
      Ta question est d’autant plus pertinente qu’elle se pose aussi dans les pays développés ! En France par exemple, beaucoup de services de santé publics manquent de budget pour recruter le personnel nécessaire et font remplir une fiche à leurs professionnels de la santé pour savoir s’ils maîtrisent d’autres langues que le français, et si besoin est faire appel à eux pour des interprétations ponctuelles.
      Ainsi, il me semble que cette spécialisation a bel et bien un avenir en Afrique et partout dans le monde où elle gagne à se faire connaître.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>